Un exemple de discours de l'horreur managériale*

Publié le par SUD Autoroutes

Projet d'accord branche sur la sécurité du personnel :
comment chercher à obtenir plus sans moyen
un exemple de discours de l'horreur managériale*
Pour les managers (qui ont remplacés les patrons), la façon de s'exprimer
est primordiale. On ne parle plus de « réunions de négociation » mais de
« séances de dialogue » qui doivent aboutir à un consensus, c'est-à-dire,
schématiquement, que les organisations syndicales doivent adopter le point de
vue de la direction en validant son projet. Illustration avec la négociation de
branche autoroutes sur la sécurité du personnel.
La délégation patronale du secteur autoroutier est très fière de s'être
engagée sur le sujet de son propre chef (alors que des accords existent déjà
dans d'autres secteurs depuis une dizaine d'années) et clame qu'on ne peut pas
être contre la sécurité... On peut, certes, souscrire au principe que « la sécurité
ne peut pas être l'objet d'un affrontement mais l'objet d'une synthèse », encore
faut-il que cette synthèse ait de l'envergure et ne se limite pas à l'idéologie
patronale. Or, le projet d'accord se résume malheureusement à ces quelques
mots : implication des salarié-es qui sous-entend une déresponsabilisation des
entreprises.
Abus de langage et dérive totalitaire
Il ressort, en effet, de la première mouture du projet, que « [la direction
de l'entreprise] doit diffuser son état d'esprit » (sic) à des salariés assimilés à de
bons petits soldats. Ces derniers sont appelés collaborateurs comme s'ils
n'étaient soumis à aucune hiérarchie, ou acteurs pour mettre en avant un rôle
moteur, alors qu'il s'agit surtout d'un rôle assigné. Il incombe à chacun-e d'être
responsable de sa sécurité, abstraction faite des conditions de travail, de la
baisse des effectifs, des réorganisations incessantes, de tout ce qui constitue un
facteur accidentogène. La direction qui fait autorité en matière d'organisation du
travail se dégage de toute responsabilité car, selon la conception managériale,
c'est le comportement de l'individu qui l'expose aux accidents (re-sic). Elle sera
par contre bien là, le cas échéant, pour sanctionner.
La troisième réunion de négociation (qui devait être la dernière) a eu lieu
le 13 juin. La délégation patronale a revu sa copie sur la forme mais le principe
de responsabilité individuelle est toujours central. La conclusion étant impossible
en l'état, une nouvelle réunion est programmée en septembre. Affaire à suivre,
donc.
*En référence au titre du livre de Etienne Rodin

Publié dans négociations en cours

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