Retour en force des augmentations individuelles

Publié le par LE MONDE.FR

Les augmentations de salaire continueront de stagner en 2012

Malgré la situation économique morose, plus d’une entreprise sur deux n’a pas diminué le budget dédié aux augmentations annuelles pour l'année 2012. C'est ce que révèle l’enquête Deloitte Total Rewards & Benefits 2012 réalisée auprès d'une centaine d'entreprises (dont 40% employant plus de 10 000 salariés) publiée mi-avril à l'occasion des négociations annuelles salariales.

Dans le détail, 55% des entreprises interrogées déclarent ne pas avoir réduit leur budget d'augmentations salariales pour 2012. Elles ont même, en moyenne, légèrement gonflé l'enveloppe allouée puisque les augmentations médianes (générales et individuelles) prévues sont de 2,7% pour les non cadres et de 2,8% pour les cadres. Mais cette hausse n'excède que de trés peu les prévisions annuelles d'inflation, qui devrait osciller entre 1,5% et 2% en 2012 selon les sources.

Incompréhension des salariés

Reste que si les budgets d'augmentation des rémunérations restent orientés à la hausse, celle-ci est inférieure aux tendances observées avant la crise. A l'époque, les directions des ressources humaines pratiquaient généralement des augmentations variant de 3,3 % à 3,5% par an. Aujourd’hui, les directions préfèrent être prudentes malgré des résultats qui s'améliorent.  Elles bloquent donc les augmentations de salaire sous la barre des 3% en attendant que l'horizon économique se dégage.

C’est par exemple le cas chez Renault, où les augmentations ne dépasseront pas cette année 3%, malgré des objectifs atteints et...une hausse des salaires des hauts dirigeants. Cette situation a d’ailleurs provoqué la colère et la mobilisation des salariés, qui estiment avoir « joué le jeu » durant la crise et mérité des augmentations de salaire plus conséquente.

Si ces chiffres sont malgré tout meilleurs que ce qui avait été prévu par les entreprises à l'été 2011, ils ne suffisent pas à annoncer une amélioration globale de l'emploi en France. La baisse du recours à l’emploi temporaire, ou même aux nouvelles embauches, ont en effet aussi joué un rôle de variables d’ajustement pour contenir le coût du travail tout en maintenant les salaires. Sans oublier que 45% des entreprises ont  baissé leurs budgets d’augmentation pour 2012...

Retour en force des augmentations individuelles

Autre conséquence des modérations salariales, les augmentations de salaire individuelles sont de plus en plus à la mode chez les DRH au détriment des augmentations générales, réservées aux non cadres. Ainsi, plus de 7 entreprises sur 10 ont cette année uniquement eu recours aux augmentations individuelles pour leurs cadres. Avec une idée en toile de fond: ajuster la rémunération aux efforts de chacun.

 Ce système permet de motiver les salariés en promettant un "bonus" aux plus performants, mais offre aussi aux directions la possibilité de se dédouaner lorsque les résultats sont moins bons : même si le climat des affaires en est plus responsable que le travail effectué, le salarié verra quand même sa rémunération variable baisser.

Pour diminuer indirectement le budget alloué aux salaires tout en se préservant de la grogne des cadres, les entreprises tendent également à fixer des objectifs plus difficilement atteignables. Un tiers des entreprises interrogées ont modifié leur système de rémunération variable au cours des douze derniers mois...dans le sens d'un durcissement des critères d'attribution. Et un quart admet avoir baissé le budget réservé aux rémunérations variables…

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