Péage, ô désespoir

Publié le par le canard enchaîné

Le Canard Enchaîné du 18 aout 2010 - Jean-Luc Porquet

Heureusement que la Cnil est là pour veiller sur nos libertés ! Au cours de l'été, la fameuse Commission Nationale d'Informatique et des Libertés a autorisé ASF (filiale de Vinci), l'un des quatre consortiums privés qui se partagent le gâteau des autoroutes françaises, à s’équiper d’un « dispositif de lecture et de reconnaissance automatisée des plaques minéralogiques ».

Vous prenez l’autoroute, hop, vous êtes aussitôt fliqué, repéré, enregistré par des machines, mais, gare, c’est pour votre bien ! Car, avouez-le, les systèmes de surveillance habituels, radars, caméras et flics ne suffisaient guère. Grâce à ce nouveau système de repérage des plaques d’immatriculation, les exploitants d’autoroutes vont pouvoir envoyer des messages personnalisés aux fous du volant sur des panneaux d’affichage. « Attention, AB-273-CD, vous roulez trop vite ! » Génial, non ? Voilà un vrai « système de contrôle pédagogique des vitesses » ! Voilà qui va « favoriser l’éco-conduite » (sic !) Et, croyez-nous sur parole, les informations ne seront « pas transmises aux autorités de police » (re-sic !) Les numéros d’immatriculation seront « anonymisés » dès que la bagnole sortira de l’autoroute … Ouf, on l’a échappé belle : si la Cnil ne veillait pas au grain, on aurait pu croire que les automobilistes prenant l’autoroute allaient être sévèrement fliqués… mais non...

Autre rumeur à laquelle il faut tordre le cou : celle qui consiste à dire qu’au péage des autoroutes les automobilistes se font plumer, au point que désormais le péage leur coûte carrément plus cher que le carburant. Certes, les profites des autoroutes ont explosé depuis leur privatisation complète il y a cinq ans (+ 79% chez APRR, note Libé, 14/8).

Certes, les autoroutes françaises sont les plus chères d’Europe. Mais, comme le disent si bien les représentants de ces quatre groupes, les autoroutes, faut pas croire, ça demande de l’entretien, des travaux de remise aux normes, tout ça quoi. Une fois que l’on a compris que la hausse des tarifs est pleinement justifiée, on ne la sent plus passer, voyons…

Que ceux qui décideraient de ne plus prendre la bagnole et de sauter dans le TGV se rassurent : les gros bétonneurs du genre Vinci ne crieront pas misère pour autant. Rappelons en effet que, pour la première fois en France, (et ce n’est qu’un début), une ligne de chemin de fer a été confiée à une boîte privée : Vinci, justement, qui a décroché au début de l’année la concession exclusive du tronçon Tours-Bordeaux pendant pas moins de cinquante années ! Idem pour ceux qui voudraient prendre l’avion : C’est Vinci qui va concevoir, financer, construire et exploiter pour les cinquante-cinq ans à venir le futur aéroport de Nantes, à Notre-Dame-des-Landes, lequel fait rêver tous les hommes politiques du Grand Ouest, de Fillon à Jean-Marc Ayrault, et même ceux qui sont encore plus à l’ouest comme Borloo, qui, après avoir affirmé lors du Grenelle que la France avait assez d’aéroports et d’autoroutes, ne cesse de donner son feu vert pour de nouveaux aéroports et de nouvelles autoroutes. Vive le plan de relance du béton et de Vinci !

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