Le mal de l'Autoroute

Publié le par CM. sudouest

LE SUD OUEST : jeudi 11 Mars 2010

 

 

 

 

ASF. Les syndicats fustigent la dégradation des conditions de travail après trois tentatives de suicide au sein de la direction d'exploitation d'Agen. Des mesures ont été prises

 

 

Le mal de l'autoroute

 

Elles sont trois. Dans des circonstances moins favorables, on dirait « elles étaient ». La vie les a rattrapées alors qu'elles voulaient la fuir. En un trimestre, trois employées des Autoroutes du sud de la France ont tenté de se suicider. Une receveuse au péage de Mazières, une régulatrice au tunnel de Puymorens et, enfin, une secrétaire administrative à Agen. Trois sites rattachés à la Direction régionale d'exploitation Aquitaine Midi-Pyrénées d'Agen.

« Travailler dans ces conditions est au-dessus de mes forces », a rédigé l'une d'elles sur un billet abandonné à proximité de son poste de travail, où ses collègues l'ont découverte inanimée fin février. Les deux autres ont cherché à en finir à leur domicile, en fin d'année dernière. Des tentatives là aussi justifiées par leur vie professionnelle, que les trois femmes n'ont pas réintégrée. Il n'en fallait pas davantage pour conforter les syndicats dans leur analyse : depuis leur rachat en 2006 par le groupe Vinci à l'État, les ASF ont adopté un rythme auquel leurs salariés n'étaient pas entraînés.

Réorganisation des services

« Entre la société qu'on nous a vendue, où l'individu devait être au coeur du dispositif, et la course à la productivité à laquelle nous sommes effectivement soumis, il y a un décalage », regrette un représentant de Force ouvrière. Depuis la privatisation, 700 emplois ont été supprimés et, selon la CGT, l'automatisation des péages en menacerait plus du double.

« Les collègues ont peur de se retrouver à la rue. La direction veut faire des économies sur la masse salariale en réorganisant tous les services. Ce qui veut dire moins de personnel pour accomplir les mêmes missions et le non-remplacement des départs en retraite. »

Pour le délégué central de la CGT aux ASF, cette réorganisation « est anxiogène ». Christian Mimault stigmatise ici les nouvelles tâches confiées aux péagistes chargés désormais d'assister les usagers en rade sur les voies automatiques. « Toute la journée, les collègues font face à l'irritation des automobilistes, ce qui développe en eux du stress », explique le syndicaliste, qui n'hésite pas à faire le parallèle avec France Télécom.

Les syndicats dénoncent aussi les nouveaux emplois du temps découlant de cette restructuration des services, « des plannings atypiques et biscornus » pour des salaires à peine au-dessus du niveau de l'amer. « La direction a aussi indiqué qu'elle ne voulait plus payer des gens pour patrouiller sur le réseau. » Conséquence de cette politique d'économies, il y a de moins en moins d'anges gardiens à venir épauler l'usager en cas d'avarie. « L'autoroute est devenue un vaste portefeuille dans lequel l'automobiliste vient dépenser son argent », décrit un agent agenais.

Un psychologue recruté

Pour répondre au malaise de ses collaborateurs, la direction a pris des mesures significatives. D'abord en signant avec les organisations syndicales (FO, Unsa, CFE-CGC, CFDT et CGT) un document pour la prévention des risques psychosociaux. « Nous avons aussi recruté un psychologue, mais il convient, dans ces situations douloureuses, de distinguer les problèmes professionnels et personnels. Quoi qu'il en soit, nous avons organisé, suite à ces trois tentatives, des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaires et mis en place des cellules de soutien psychologique pour ces personnes, leurs équipes et leurs familles », complète et nuance Olivier Capgras, chargé de la communication pour la zone.

Enfin, dernier volet d'un plan qui ne convainc pas complètement la base, chaque salarié a reçu un questionnaire où il est invité à donner son sentiment sur ses conditions de travail. « Nous sommes dans une phase de diagnostic, et un plan d'actions sera déployé avec de la formation et de l'accompagnement. » De quoi, certainement, dégager des axes de réflexion pour une prochaine réorganisation.

Auteur : christophe massenot
c.massenot@sudouest.com

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