Partager l'article ! La CFDT a détruit Seafrance !: Un salarié : Seafrance était «la vache à lait de Calais » UN SALARIÉ DE SEAFRANCE adhérent ...
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A.L et S.R. | Publié le 20.01.2012, 08h38
Assis sur un banc du port de Calais, face aux navires de SeaFrance immobilisés à quai, Raymond* ironise en observant le vol d’une mouette : « Vous connaissez la dernière blague en vogue à Calais? Quelle est la différence entre une mouette et un marin SeaFrance? La mouette, elle, continue de voler. » Entré dans la compagnie maritime au début des années 1970 quand elle s’appelait encore Sealink, Raymond est encarté à la CFDT.
Très amer, cet administratif estime que les agissements de sa section syndicale ont lourdement pesé dans la liquidation de la compagnie.
« Beaucoup de pratiques existaient bien avant que la CFDT ne prenne le pouvoir, raconte Raymond. Dans les années 1980, les vols étaient déjà institutionnalisés. Cela commençait dès la commande de
marchandises. Ensuite, il y avait de la fauche à tous les niveaux : au moment du transfert des marchandises dans le bateau, au bar, dans les boutiques… Les marins affectés aux manœuvres
fracturaient les camions ou les voitures des clients! A un moment, on avait des centaines de plaintes pour vol. »
Selon Raymond, le système s’est « amplifié », toutefois, avec l’arrivée de la CFDT. « La direction voulait virer la CGT, trop dure dans les
négociations. Mais au lieu d’avoir un partenaire plus constructif, ils ont cogéré avec des gars encore plus extrêmes! Les filières de détournement de marchandises étaient encore mieux organisées,
les gars n’avaient peur de rien. Au bar du bateau, il y avait un code : une petite coupelle placée en bout de comptoir, avec des trombones dedans. En fonction du nombre de trombones, le barman
qui prenait son tour savait si les autres avaient fauché ou pas. Si un gars était pris en flagrant délit, il était aussitôt couvert par la CFDT. »
A Calais, tout le monde savait que, pour organiser un banquet de mariage ou un repas de baptême, le must était de s’adresser à un chef cuisinier du SeaFrance. « Ils proposaient des repas avec de
la marchandise volée, poursuit Raymond. La nourriture, mais aussi la vaisselle… Ils avaient des tarifs imbattables avec des menus types pour 10, 25 ou 50 convives… J’en connais qui ont pu se
payer un train de vie très confortable avec maison et mobilier de maître dans la banlieue de Calais. »
Pour Raymond, SeaFrance a été la « vache à lait de Calais ». Toute la ville en a profité : les bars, qui récupéraient des cigarettes ou des alcools venant des bateaux, les magasins, qui
écoulaient des produits manufacturés… « Avant la suppression du duty free en 1999, ça ne se voyait pas, l’argent coulait à flots. Après, le système a perduré et c’est là que les comptes ont
plongé. » En 2009, un rapport de la Cour des comptes pointait le problème de disparition de marchandises. Une enquête est d’ailleurs en
cours, la perte pour une seule année ayant été estimée à 3 M€. « Ce qui m’attriste le plus, ce sont les occasions manquées de reprise de la compagnie, bloquées par les syndicats, regrette
Raymond, aujourd’hui proche de la retraite. Sans ce jusqu’au-boutisme, SeaFrance existerait toujours. »
* Le prénom a été changé.
Le Parisien
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