C'est pas la crise pour tous...

Publié le par presse

Présidence française de l'UE: la gauche dénonce son coût, le gouvernement se défend

Le coût de quelque 175 millions d'euros de la présidence française de l'UE au second semestre 2008 a déclenché mercredi les foudres de la gauche, dénonçant des dépenses "insupportables" en temps de crise, tandis que le gouvernement l'a défendu en le comparant à celui de la présidence allemande.

La présidence française de l'UE a fait l'objet d'un rapport de la Cour des comptes à la demande de la commission des Finances du Sénat présidée par le centriste Jean Arthuis.

En le présentant la semaine dernière, M. Arthuis avait relevé que cette présidence avait un "coût élevé" comparé au coût moyen des autres présidences estimé "autour de 70 millions d'euros", en soulignant toutefois qu'elle restait "dans le même ordre de prix que celle des grands pays", comme l'Allemagne en 2007 (180 millions).

Mais plus que cette ardoise globale (175 MEUR dont 20 à 25 MEUR de dépenses externalisées, selon la Cour des comptes), c'est le sommet de Paris pour l'Union pour la Méditerranée du 13 juillet 2008 qui a fait sortir mardi de ses gonds le député apparenté socialiste René Dosière, qui s'est fait une spécialité d'éplucher les dépenses de l'Elysée.

Il a tonné ainsi contre "un dîner des chefs d'Etat pour un coût de 1.010.256 euros, soit 5.050 euros par personne", et "l'installation -pour 4 heures !- d'une douche à l'usage du président, pour un prix de 245.572 euros".

"Alors que tous les Français doivent se serrer la ceinture, apprendre que le chef de l'Etat organise, avec l'argent des Français, un repas qui coûte 5 fois le Smic par personne, c'est inimaginable et intolérable", s'était-il indigné, tandis que la gauche lui a emboîté le pas mercredi.

Plusieurs élus de droite se sont émus également. Jérôme Chartier (UMP) a estimé que "l'exemple doit venir tant de l'exécutif que du Parlement". "C'est révoltant", s'est insurgé Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). "En période de crise, on doit faire attention aux dépenses", a conseillé Maurice Leroy (Nouveau Centre).

Dans son rapport, que l'AFP a pu consulter, la Cour des comptes se montre critique sur ce sommet "hors norme" et extrêmement coûteux pour plusieurs raisons: "mise en place tardive et dans l'urgence", "nombre très inhabituel de délégations (43 chefs d'Etat et de gouvernement)", "aménagement d'une ampleur exceptionnelle", ce qui a "généré des coûts considérables".

La Cour pointe du doigt le coût du dîner du 13 juillet qui, restauration et aménagement compris, a représenté "un total de 1.072.437 euros pour 200 personnes, soit 5.362 euros par invité".

Quant à la douche épinglée pour son prix de 245.572 euros, le rapport stipule que cette somme correspond en fait à la "zone bureau du PR" (président de la République, ndlr) et "salles d'entretien bilatéraux" (8 au total avec chacune une douche attenante).

Une inexactitude de M. Dosière aussitôt relevée par Eric Woerth (Budget) - "Ce serait scandaleux si c'était vrai, mais c'est faux!"- et par le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre fustigeant "l'exercice de malhonnêteté intellectuelle" du député.

Face aux critiques, le gouvernement a défendu une économie de 10 millions réalisée par rapport à l'enveloppe envisagée. "On n'a pas à (en) rougir", a plaidé M. Woerth, en préférant retenir le chiffre de 151 millions d'euros qui ne tient pas compte des dépenses externalisées. Il l'a comparé au coût de la présidence allemande de 2007.

Au final, a-t-il dit, cela a représenté "2,40 euros par Français".

Trop cher pour Pierre Moscovici (PS) pour qui "un million d'euros par jour, cela n'a pas grand sens". "Cette présidence s'annonçait comme un Sarkoshow. C'est ce qui s'est passé", a-t-il dit.

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