Ce que la privatisation des autoroutes a vraiment changé

Publié le par Odile Coupé

Economie | Entreprises LE FIGARO
Ce que la privatisation des autoroutes a vraiment changé
ODILE COUPÉ.
 Publié le 09 octobre 2006
Actualisé le 09 octobre 2006 : 06h00
 
 
UN AN APRÈS En octobre 2005, le processus de vente des concessionnaires d'autoroutes battait son plein. Ce n'est qu'au printemps 2006 que les nouveaux propriétaires ont pris possession de ces entreprises. Les premiers changements sont déjà notables.
 
IL AURA fallu quatre ans au gouvernement français pour mener à bien la privatisation des Autoroutes du Sud de la France (ASF), de la Société des autoroutes du Nord et de l'Est de la France (Sanef) et des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR). Le processus est lancé en octobre 2001 par le socialiste Laurent Fabius, alors ministre des Finances. Il ne concerne qu'ASF dont 49 % du capital sont mis en Bourse dès mars 2002. L'opération rapporte 1,8 milliard d'euros à l'État.
 
Pierre Raffarin est le théâtre d'un affrontement entre le ministre des Transports, Gilles de Robien, et celui de l'Économie, Francis Mer. Le premier estime que les dividendes des sociétés d'autoroutes rapporteront 5 milliards d'euros à l'État en vingt ans. De son côté, le ministre de l'Économie évalue à 8 milliards d'euros le montant de la vente des 51 % restants d'ASF et de la totalité de Sanef et APRR. Au mois de décembre, le premier ministre gèle tout projet.
 
En juin 2005, Dominique de Villepin relance le processus... et la polémique. Parlementaires et économistes rouvrent le débat sur la valorisation des autoroutes. François Bayrou, le président de l'UDF, dépose un recours devant le Conseil d'État pour excès de pouvoir (il vient d'être débouté). Finalement, la vente est réalisée et rapporte à l'État 14,8 milliards d'euros.
 
Quelques mois après la privatisation effective, qu'est ce que cette privatisation a vraiment changé ?
 
La privatisation des sociétés d'autoroutes n'a pas eu d'incidence sur les prix des péages. Les modalités d'augmentation des tarifs sont définies dans les contrats de concession. De ce fait, les prix sont régulés par l'État. Dans le cas d'APRR, les prix ont été fixés dans un contrat pluriannuel négocié par l'ancienne direction avec l'État. Leur hausse ne peut excéder 70 % de l'inflation. « Nous avons le droit d'augmenter les tarifs de nos péages une seule fois par an, et cette hausse est plafonnée par notre cahier des charges de concession », indique pour sa part Henri Jannet, président de Sanef.
 
Un service amélioréEn revanche, pour vendre ses parts aux groupes Eiffage, Abertis et Vinci, l'État a exigé, en contrepartie, que la qualité du réseau ou du service rendu aux usagers soit améliorée. « Nous avons désormais deux priorités, explique Jean-François Roverato, PDG d'Eiffage et d'APRR. Accueillir les poids lourds en toute sécurité sur les parkings de nos aires d'autoroutes et rendre du cachet à celles qui n'en ont pas. » L'investissement total pèsera près d'une dizaine de millions d'euros. « Notre stratégie est d'utiliser certaines de nos aires comme l'aire des Volcans sur l'A71 [la plus fréquentée entre Paris et Montpellier, Ndlr] comme produits d'appel touristico-commercial », poursuit le patron du numéro trois français du BTP. Et de rendre attractives celles qui ne le sont pas encore, comme l'aire de Beaune sur l'A6.
 
Henri Jannet, de son côté, souhaite développer le télépéage sans arrêt pour les poids lourds. « Un poids lourd qui est obligé de s'arrêter consomme 2 litres de gazole de plus, explique-t-il. Ce système de télépéage sans arrêt lui permettra de diviser sa consommation par deux. » Ce projet devrait aboutir au plus tôt fin 2007. Les véhicules légers qui empruntent le réseau Sanef et qui sont munis du télépéage pourront en outre, dès le début de l'année prochaine, circuler tant sur les autoroutes françaises qu'espagnoles avec le même badge. Le groupe a créé pour cela une filiale commune avec Abertis. Enfin, « pour compléter la bonne desserte de son réseau », la société ouvrira deux nouveaux échangeurs en fin d'année. Vinci, quant à lui, a hérité du réseau le plus emprunté et le plus avancé en termes d'entretien et de travaux.
 
Prime d'intéressement de 1 000 euros par personne, renforcement des dispositifs de plan d'épargne, stock-options pour les cadres dirigeants d'ASF et Escota... Les salariés d'ASF, APRR et Sanef ont reçu quelques cadeaux de bienvenue pour leur arrivée dans le giron des groupes Vinci, Eiffage et Abertis. « Je travaille moins et je suis payé plus », confie même l'un d'entre eux.
 
Les équipes d'APRR sont ainsi devenues actionnaires d'Eiffage à hauteur d'environ 1 %. Logique, dans un groupe où les salariés détiennent au ­total plus d'un cinquième du ­capital.
 
« Ces salariés sont toujours dans un service public mais régi par les règles du privé », résume Jean-François Roverato. L'intégration s'est déroulée sans heurts, et le patron d'Eiffage a pris soin de consulter régulièrement les syndicats. En fait, chez APRR, seul le PDG Rémy Chardon a fait les frais de la privatisation. Il faut dire qu'il avait ouvertement soutenu l'un des concurrents d'Eiffage, le consortium mené par Autostrade. Il a rebondi depuis chez le groupe espagnol de transports de conteneurs Progosa.
 
Tous les salariés ­maintenus en posteChez ASF, tous les salariés ont été maintenus en poste. « Un mois après le rachat d'ASF, raconte Xavier Huillard, directeur général de Vinci, nous avons organisé une convention de deux jours au cours de laquelle toutes les équipes ont été mises en présence. Les nouveaux arrivants ont rapidement pu découvrir la vision du groupe dans lequel ils entraient. » Les salariés des Autoroutes du sud de la France ont par ailleurs très largement souscrit au plan d'épargne Castor, qui leur donnait la possibilité d'acheter des actions au prix de 50 euros alors qu'elles cotaient entre 80 et 85 euros à la Bourse de Paris. Ils détiennent ainsi 11,8 % du capital de Vinci.
 
Quant à Sanef, seul le conseil d'administration a été renouvelé. « Nous avons mis en place des groupes d'échange d'expérience par thème, qui se sont rencontrés et ont travaillé ensemble très régulièrement, en France et en Espagne, précise Henri Jannet. Nous avons renforcé le plan d'épargne du groupe en souscrivant à un fond éthique. »
 
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