3 articles Rhdemain Site d’échange de 20 000 DRH

Publié le par Christian Durand

3 articles Rhdemain Site d’échange de 20 000 DRH
sur l’affaire Valère dont lettre ouverte SUD Autoroutes aux DRH
et analyse de la lettre ouverte par un juriste-éditorialise-consultant
Licenciement d'un délégué syndical pour « harcèlement » contre la hiérarchie.
 
La procédure de licenciement pour harcèlement de la hiérarchie, engagée à l’encontre de Valére Lelièvre, délégué syndical SUD à la SANEF a fait fortement réagir le syndicat concerné.
Au-delà de ce cas particulier, c’est la question du sur activisme syndical qui est posée.
La direction de SANEF avait pourtant mis en doute il y a moins d’un an la représentativité de ce syndicat en raison de sa faible activité dans l’entreprise.

Depuis, ce délégué semble avoir plus que bien reçu le message puisqu’il lui est reproché notamment d’avoir posé plus de 700 réclamations en réunion des Délégués du Personnel, d’avoir déposé 9 préavis de grève, d’avoir rédigé plus de 200 courriers à la direction… justifiant aux yeux de la direction un licenciement pour harcèlement.

SUD Autoroutes a déjà annoncé qu’il « usera de tous les recours possibles pour la défense du délégué syndical de SANEF »,  en craignant que l’aboutissement de cette procédure crée « un dangereux précédent, qui engendrerait d’autres victimes, à courte échéance. »

Dans un communiqué officiel, SUD Autoroutes appelle tous les salariés à s’opposer à cette procédure afin de défendre leurs « libertés fondamentales ». Il ne semble pas que le syndicat ait été entendu sur ce point dans la mesure où le CE local a déjà voté en faveur du licenciement.

Du côté de la direction de SANEF, on se refuse pour le moment à tout commentaire, rappelant juste que l’inspection du travail a été sollicitée afin de donner son accord, conformément à la loi.

La décision de justice qui ne manquera pas de suivre ce licenciement (soumis pour le moment à autorisation administrative) sera particulièrement intéressante si elle parvient à établir des éléments concrets pour trancher entre sur-activisme syndical et harcèlement.
Affaire à suivre…
Lire l'article : Lettre ouverte du Secrétaire Général SUD Autoroutes aux DRH
Alexis Pinot de Villechenon
Mis en ligne le 13/02/08
Lettre ouverte du Secrétaire Général SUD Autoroutes aux DRH
Par Jean-Pierre CAMPANATO.
"SUD est souvent présenté comme la « bête noire » des DRH ; pourtant, il convient de remarquer que dès la création d’un syndicat SUD au sein d’une entreprise, cette dernière déclenche d’interminables procédures judiciaires dans le but – jamais atteint – d’empêcher la création d’un tel syndicat.
Cette attitude s’explique sans doute par le fait qu’un paysage syndical souvent sclérosé existe au sein de ladite entreprise depuis des années, les « usages » et autres « rapports courtois » ont souvent laminé toute forme de lutte ; ainsi, l’émergence d’un « nouveau syndicat », à savoir SUD, change la donne et résonne déjà comme un avertissement :
il va falloir reconsidérer ses rapports avec les partenaires sociaux.
Une telle entrée en matière, à la fois juridique et conflictuelle, au moment de la création d’un syndicat SUD crée souvent un environnement tendu.
Ensuite, il convient de savoir pourquoi les DRH voient si souvent d’un mauvais œil un syndicat comme SUD  :
Il faut remarquer que chaque section SUD se crée régulièrement par la volonté d’individus, souvent aguerris, qui ont décidé de tourner le dos à leur ancienne organisation syndicale jugée au minimum trop conciliante vis-à-vis de la Direction d’une entreprise, afin de rétablir les fondamentaux du syndicalisme, à savoir la défense de la « valeur travail », au travers d’actions concrètes visant à défendre prioritairement le salarié, ses droits sociaux et ses acquis.
L’orthodoxie des syndicats SUD est à l’opposé de celle de nombreux autres syndicats : au cours de décennies dominées économiquement par des vagues de privatisations ou de fusions – acquisitions, SUD s’informe et s’implique au maximum dans des domaines qui naguère étaient la chasse gardée des Directions, ceci dérange régulièrement les DRH qui constatent que les salariés sont alors informés sur des sujets qui jusqu’alors ne leur étaient pas réservés.
Apprendre, comprendre puis diffuser l’information au sens large est sans doute ce qui génère le plus de conflits entre SUD et DRH.

SUD agissant ainsi dans le seul but de développer le bien–être et l’épanouissement du salarié au sein de son entreprise, il serait alors logique que chaque DRH corrige ses jugements et apaise ses rapports vis-à-vis des représentants et des élus SUD, afin de construire ensemble un dialogue permettant d’atteindre cet objectif commun."
Lire l'article  : Licenciement d'un délégué syndical pour « harcèlement » contre la hiérarchie.
Lire l'article : Analyse de Christian Durand, expert en dialogue social.
Mis en ligne le 15/02/08
 
 
 
 
 
Licencier un délégué syndical à la SANEF
Par Christian Durand
L'instrumentalisation du Droit

Licencier un délégué syndical pour "harcèlement" contre la hiérarchie est une première. Comme écrit Alexis Pinot :" La décision de justice qui ne manquera pas de suivre ce licenciement (…) sera particulièrement intéressante si elle parvient à établir des éléments concrets pour trancher entre sur-activisme syndical et harcèlement." (lire l'article) 
En attaquant en justice pour "harcèlement", la SANEF expose publiquement sa vision du monde. Il semble que la franchise et la transparence soient à la mode depuis quelques mois dans notre pays. Néanmoins, en matière de communication, l'absence de dire peut parfois être plus efficace que le dire. Mais SANEF crie sa souffrance, et demande au pouvoir judiciaire de la prendre en compte ("harcèlement"). Ce faisant, elle donne aussi à SUD l'occasion d'exprimer la sienne.
 
Ce cas emblématique illustre des comportements sociaux qui commencent à se faire jour à la fin des années 60. Une aspiration féroce à la liberté d'expression, à la libération des émotions, à la publication forcenée des convictions, au positionnement de victime qui permet de demander au tribunal un droit à réparation, etc.
 La psychologie envahit le monde

C'est sans doute très bien de parler librement et d'exprimer ses fondements et sa souffrance. Il est salutaire de libérer ses pulsions et ses douleurs, tous les psychologues semblent nous y encourager. Cependant, d'un point de vue social, cela engendre immanquablement des tensions, voire des conflits. Pour ceux que les conflits ne gênent pas, la libre expression est donc un bon moyen de régler ses comptes. Ce comportement n'est certes pas très policé, mais il faut reconnaître que le monde de l'entreprise est parfois brutal.
 
Ce cas particulier n’est donc qu'un exemple des relations sociales telles qu'elles se vivent au quotidien dans les entreprises françaises. L'activisme syndical de SUD est très clairement assumé par la lettre ouverte de Monsieur CAMPANATO. (lire la lettre) Selon lui : "Cette attitude s’explique sans doute par le fait qu’un paysage syndical souvent sclérosé existe au sein de ladite entreprise depuis des années, les « usages » et autres « rapports courtois » ont souvent laminé toute forme de lutte ; ainsi, l’émergence d’un « nouveau syndicat », à savoir SUD, change la donne et résonne déjà comme un avertissement : il va falloir reconsidérer ses rapports avec les partenaires sociaux."
Le monde à l'envers

Que Sud défende ce genre de conception dans un esprit de lutte ouvrière matinée d'idéologie en vogue depuis 1968, cela n'a rien de choquant, c'est dans l'ordre des choses. SUD est en lutte, SUD conçoit la relation sociale comme une forme de guerre et emploie donc les stratégies qui s'y rattachent. Ceci est parfaitement conforme à sa philosophie et à sa vision du monde, c'est très cohérent et, en l'occurrence, redoutablement efficace.

La direction de SANEF qui avait mis en doute la représentativité de ce syndicat en raison de sa faible activité dans l’entreprise doit être maintenant rassurée sur le potentiel tactique des Délégués du Personnel. L'humour de la situation aurait dû éveiller l'esprit de la direction et l'encourager à une évolution stratégique. Pourtant, bien au contraire, ignorant superbement tous les conseils des stratèges, elle s'engouffre passionnément dans le piège qu'elle a elle-même contribué à tisser. Cela risque donc d'être sanglant et comme toute guerre, dommageable à tous les participants.
 

Demain, ne faudra-t-il pas revivre ensemble ?

En règle générale, l'histoire nous apprend que la discrétion et la constance font toujours plus que force et que rage. La fable vaut autant pour SUD que pour la direction de l'entreprise. Espérons que le droit restera à sa place et fera entendre une fois encore sa position équilibrée et neutre.
  La froide justice étant passée, il faudra bien parlementer et dépassionner les relations. Et si tout le monde s'y préparait ? L'attitude triomphante et faussement pédagogique de SUD est de bonne guerre mais elle met de l'huile sur le feu. Le refus de communiquer de la direction est perçu comme un aveu de faiblesse et attise la fougue de l'adversaire. C'est au plus fort de tendre la main et de faire une proposition d'armistice.
Christian Durand
Organon Consulting
Mis en ligne le 15/02/08

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