Les concessions d'avenir de Vinci.

Publié le par les échos.fr

 
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Les concessions d'avenir de Vinci
[ 26/09/07 ]
 
CROÎTRE SANS SE DISPERSER

Faut-il changer une stratégie qui gagne ? Les dirigeants de Vinci avaient clairement répondu par la négative, l'an dernier, quand certains, séduits par le management de Veolia, avaient plaidé pour un mariage des deux anciennes filiales de la Générale des Eaux. Force est de constater que les brillants résultats du numéro un mondial de la construction et ses excellentes perspectives confortent les partisans du maintien de la politique menée depuis des années. Le succès, sonnant pour les actionnaires, de la stratégie de restauration des marges dans le BTP et de
développement dans les concessions initiée par Antoine Zacharias n'a fait trébucher que ce dernier, victime de sa « folie des grandeurs ».
 
Reste à savoir si Vinci peut aujourd'hui se contenter d'admirer la pertinence de son modèle et d'encaisser les dividendes de ses initiatives passées. Le risque serait alors d'intéresser à nouveau les amateurs de mariages et de dépeçages en tout genre, même si la conjoncture financière ne se prête plus guère au financement de telles audaces. Si le danger est désormais plus théorique que réel, le successeur opérationnel d'Antoine Zacharias, Xavier Huillard, n'est pas du genre à expédier les affaires courantes en gérant au mieux la manne dont il a hérité.
 
Si le groupe, malgré le qualificatif de champion mondial, réalise les deux tiers de son activité en France, il estime qu'on ne peut se développer dans de bonnes conditions à l'international que si l'on a des positions fortes dans son pays d'origine. La conquête des ASF, qui a fait de Vinci le leader hexagonal des autoroutes, était donc le point de passage obligé avant de se lancer à l'assaut du bitume
étranger. Les importants contrats récemment obtenus en Grèce (600 kilomètres) ou aux Pays-Bas (tunnels urbains) et les projets en cours d'attribution en Allemagne ou en Espagne n'auraient pas été à la portée du groupe face à de rudes concurrents internationaux s'il avait été le simple actionnaire
majoritaire du modeste Cofiroute. En outre, alors que les concessions n'assurent que 15 % du chiffre d'affaires, mais 60 % du résultat opérationnel et 30 % du bénéfice net, on est d'autant plus à l'aise pour intégrer un investissement international, forcément plus risqué, que son poids relatif est plus faible grâce à la taille des activités domestiques. Vinci devra cependant trouver d'autres débouchés en Europe et aux Etats-Unis pour conforter son statut de leader dans les autoroutes.
 
Pour lucratif qu'il soit, le métier de concessionnaire autoroutier n'est pas exempt de risques. Le succès du modèle basé sur un fort endettement remboursé par les recettes des péages et des services annexes implique en effet une évolution raisonnable des tarifs et des taux d'intérêt. Pour éviter toute mauvaise surprise, Vinci doit donc conserver un bon équilibre entre les différents métiers qui assurent sa rentabilité.
 
Dans les métiers traditionnels de la construction, c'est la croissance très forte de la période récente qui est difficilement tenable à terme. Notamment parce qu'il est plus facile de décrocher des contrats que de mener leur exécution dans les meilleures conditions. Faute d'avoir toutes
les ressources humaines nécessaires pour maintenir un rythme aussi élevé qu'en 2007, Xavier Huillard préfère donc que le développement du BTP ralentisse l'année prochaine et la suivante.
 
Vinci a toutefois d'autres fers au feu pour poursuivre sa marche en avant. Le secteur des travaux et des services à l'énergie d'abord. Dans ce domaine, il y a encore beaucoup à faire, aussi bien pour décrocher de nouveaux contrats que pour participer à la consolidation d'un secteur qui reste très éparpillé. Pas au point de faire n'importe quoi. Vinci s'est fait ainsi souffler des entreprises comme Cegelec et Spie, qui entraient parfaitement dans sa        stratégie           de
développement mais ont suscité des prix très élevés, trop élevés par rapport à ses stricts critères de rentabilité. Le groupe espère toutefois que maintenant que le robinet des crédits voit son débit se ralentir,
les acquéreurs éventuels seront moins agressifs lors de prochains dossiers. Si une partie des services à l'énergie de GDF Suez vient sur le marché dans quelque temps, Vinci compte bien figurer parmi les candidats les plus sérieux.
 Au-delà de la consolidation dans ses métiers, le groupe présidé par Yves-Thibault de Silguy, ancien commissaire

européen, peut aussi se lancer dans de nouvelles aventures en capitalisant sur son expérience des concessions. Le premier secteur qu'il a en ligne de mire est celui des plates-formes aéroportuaires. Si Vinci gère déjà celles de Grenoble-Chambéry et du Cambodge, il est clair qu'il manque une grosse corde à son arc pour se lancer dans la compétition mondiale. En fonction de la règle selon laquelle il faut d'abord être fort chez soi, le groupe doit donc obtenir un rôle leader chez Aéroports de Paris. Certes, l'entreprise est encore détenue à plus de 68 % par l'Etat. Mais l'état des finances publiques et l'évolution de ce type de métiers comportent en filigrane une privatisation à terme. Vinci aura alors deux écueils devant lui. Un prix qui est aujourd'hui considérable. La valorisation actuelle d'ADP ne se justifie en effet que si le contrat de concession lui accorde une grande souplesse en matière foncière. Faute de

quoi, comme pour les services à l'énergie, Vinci restera sans doute à la porte. Sa modeste présence dans ce secteur pourrait être un autre handicap. Mais le propriétaire des ASF aura beau jeu de souligner qu'avec son expérience globale du métier de concessionnaire d'infrastructures de transport et ses ressources managériales, il lui a suffi de détacher trois personnes pour gérer les 6.000 salariés du champion autoroutier et booster ses performances. Il est clair, de ce point de vue, que le ronronnant ADP ne pourrait que profiter d'un management plus dynamique et plus imaginatif. Et si le ciel lui échappe, le tandem Silguy-Huillard pourra toujours se consoler sous terre en reprenant Eurotunnel. 
Le concessionnaire du tunnel sous la Manche répond en effet parfaitement au cahier des charges d'une diversification
prometteuse pour un spécialiste comme Vinci.

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