Présidentielles : en aucun cas, la loi sur la représentativité
syndicale n’évoluera.
Que ce soit l’instigateur de la loi, Nicolas Sarkozy, ou son concurrent, François Hollande, qui
sorte vainqueur au second tour, les syndicats partisans de l'hégémonie sociale n’ont aucun
souci à se faire. Paradoxalement, les candidats présidents se font un point d’honneur à
s’opposer sur tous les sujets sauf un : la loi sur la représentativité d’août 2008. Elle serait
globalement positive… et pour cause.
Nicolas Sarkozy a largement profité, sous sa présidence, des contreparties offertes par
les 2
grandes confédérations en amont et en aval de la promulgation du texte.
Les grèves sur la
défense des régimes spéciaux de retraite ont été étouffées, les actions menées, dans un
second temps, « contre » la réforme du régime général de retraite ont été délibérément
montées de manière à ce que le mouvement s’essouffle, malgré une mobilisation sans
précédent. Les dégâts collatéraux de cette loi ont même dépassé les plus grands espoirs de
son instigateur : aux yeux des salariés, c’est l’ensemble du syndicalisme français qui
est
discrédité, la France s’est durablement démobilisée. Un rêve pour les inconditionnels
des
réformes anti-sociales...
François Hollande n’aurait rien à gagner à bouleverser l'ordre établi. L’une des
deux
confédérations s’est clairement exprimée en sa faveur, l’autre a prouvé, à travers le
syndicalisme opportuniste qu’elle pratique à merveille, ses facultés à retourner sa veste
toujours du bon côté. Et les deux n’auront sans doute pas oublié s’être fait brûler les
doigts à
quelques reprises en jouant avec le feu. C’est ainsi que la loi du 20 août 2008 censée dans un
premier temps redynamiser les rapports sociaux s’est finalement intitulée « rénovation de la
démocratie sociale et réforme du temps de travail ». Un coup bas que n’avaient pas vu
venir
les complices de Sarko. La loi a permis aux entreprises de déroger aux accords de branches
pour dépasser le contingent d’heures supplémentaires. Une manière discrète de saborder
les 35 heures et de remettre en cause la prépondérance des négociations de branches…
Ceux qui n’ont pas apprécié s’en souviennent. Sarko a droit aujourd'hui au retour de
manivelle. Preuve que les coups bas entre ex-partenaires ne sont pas à sens unique.
Comment et pourquoi François changerait-il une règle du jeu qui favorise ceux qui
le
soutiennent plus ou moins ouvertement ? Par souci du pluralisme, de la liberté d’expression
syndicale, du refus de l’hégémonie ? Des concepts ou des valeurs qui ne représentent rien,
aux yeux d’un candidat, face aux voix que lui apportent ses soutiens. Et de plus,
les
adhérents de certains syndicats massacrés par la loi de Sarko figureront sans doute encore
parmi les premiers à voter pour lui ! Changer les règles d'un jeu qui favorisent ses
partenaires reviendrait, pour un candidat à la présidentielle, à se tirer une balle dans le
pied... ou à faire preuve d'un angélisme qui n'a pas de place à ce niveau.
Les expressions des deux candidats sur la représentativité syndicale :
Nicolas Sarkozy
La loi du 20 août 2008 est une véritable avancée pour la démocratie sociale. En
modernisant les critères de la représentativité syndicale, elle permet de renforcer la
légitimité des organisations syndicales. Désormais, ce sont les salariés et eux seuls à travers les élections qui déterminent qui peut négocier en leur nom et quels accords
peuvent s’appliquer.
François Hollande
Renforcer le rôle normatif des partenaires sociaux suppose, bien entendu, des acteurs du côté syndical comme du côté
patronal, dont la représentativité soit clairement définie et périodiquement vérifiée, et des accords majoritaires. Basée sur ce point sur la position commune du 9 avril 2008 entre le MEDEF, la CGPME, le CGT et la CFDT, la loi du 20 août 2008 fait, de mon point de
vue, un pas dans la bonne direction...
Le Nouvel Observateur.fr
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